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Tempête à l’horizon : le rôle capital du financement novateur dans la résilience climatique

Une tempête se prépare, et le Canada est loin d’être prêt à l’affronter. La finance durable peut-elle faire tourner le vent avant qu’il ne soit trop tard?

Pour éviter des perturbations sociales et économiques majeures, le Canada doit accélérer considérablement son processus d’adaptation aux changements climatiques. Les mesures d’adaptation peuvent rapporter gros; pourtant, le financement public et privé est insuffisant pour protéger les résidences, les entreprises et les collectivités.

Alors, où trouverons-nous l’argent? Diverses innovations émergentes en matière de finance durable peuvent aider le Canada à rattraper son retard et à devenir plus résilient devant l’évolution rapide du climat.

Se préparer à la tempête

L’évolution du climat au Canada – il se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale – constitue une menace sociale et économique majeure. Les coûts des catastrophes météorologiques – inondations, tempêtes, vagues de chaleur et feux incontrôlés – augmentent déjà rapidement, et ce n’est que le début. Si le Canada ne se prépare pas à affronter un climat de plus en plus volatile, notre quotidien pourrait connaître de nombreuses perturbations graves. De plus, les pertes et les coûts liés aux dommages causés par le climat continueront de se multiplier, mettant en péril notre stabilité économique et sociale.

La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible d’éviter tout cela. En effet, l’adaptation et le renforcement de la résilience aux événements futurs peuvent aider à protéger la population et les collectivités d’un climat de plus en plus imprévisible et inhospitalier. Nous devons tenir compte des changements climatiques dans les décisions sur les infrastructures, car les choix que fera le Canada dans les prochaines années auront des répercussions majeures sur la portée des dommages et des perturbations.

La mauvaise nouvelle, c’est que le Canada n’en fait pas assez.

La dure réalité

Pour la plupart des projets d’adaptation aux changements climatiques, les avantages sociaux et économiques à long terme dépassent largement les coûts initiaux; pourtant, il demeure extrêmement difficile d’obtenir du financement. Il est vrai que ces projets entraînent souvent des coûts initiaux faramineux, surtout lorsqu’il faut faire de nouveaux aménagements (digues, barrages, levées et milieux humides absorbant les inondations) ou renforcer la résilience d’infrastructures existantes (résidences, bâtiments, ponts, routes, voies ferrées, ports et aéroports). Les gouvernements, qui sont habituellement la principale source de financement pour les projets d’infrastructures ou de bien commun, négligent l’adaptation dans leurs budgets.

Prenons par exemple la plus grande source unique de financement public destiné à la résilience, soit le Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes du gouvernement fédéral. En 2017, il était prévu qu’on y verse 2 milliards de dollars sur 10 ans. Le programme a reçu beaucoup trop de demandes d’inscription des provinces, des municipalités et des gouvernements autochtones pendant les deux premières années, si bien qu’il a fallu fermer les inscriptions prématurément. Dans les quatre dernières années, seuls 13 % des investissements gouvernementaux dans la lutte contre les changements climatiques visaient l’adaptation. Le récent budget fédéral de 2021 ne prévoyait aucun nouvel engagement financier réel en ce sens. Bien que le gouvernement doive augmenter son financement, il serait bien surprenant que les dizaines, voire les centaines de milliards manquant pour combler les lacunes d’adaptation du Canada proviennent entièrement des coffres publics.

Il pourrait sembler logique de se tourner vers les marchés financiers, mais le secteur privé n’est actuellement responsable que d’environ 1,5 % des investissements dans l’adaptation. Il est difficile de convaincre les investisseurs privés de financer les projets d’adaptation et de résilience, car le rendement n’est pas toujours facile à mesurer. En effet, si la plupart des projets pourraient faire diminuer les coûts futurs, ils n’assurent pas de rentrées d’argent immédiates, constantes et positives. Le financement privé conventionnel n’est donc pas une option pour la plupart des infrastructures, des résidences et des bâtiments du Canada.

Innover pour avancer

Mais alors, où trouverons-nous les fonds pour renforcer la résilience climatique? La réponse pourrait se trouver dans les innovations en matière de finance durable.

Le concept de finance durable englobe les services et les processus – comme les fonds d’investissement durable et les obligations vertes – qui contribuent à l’atteinte des objectifs environnementaux et sociaux. Jusqu’à présent, presque tous les projets de finance durable étaient axés sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, le vent pourrait tourner rapidement maintenant que les grands acteurs des gouvernements et des secteurs de la finance et des affaires comprennent de mieux en mieux la portée des lacunes mondiales dans l’adaptation aux changements climatiques.

Voici trois applications prometteuses de la finance durable pour l’adaptation et le renforcement de la résilience :

  1. Obligations vertes : Les obligations vertes servent à financer ou à refinancer des projets environnementaux et durables nouveaux et existants. Cependant, ce n’est qu’une très petite partie de ces obligations qui est investie dans l’adaptation et la résilience : de 2010 à 2019, seules 5 % de toutes les obligations vertes du monde étaient associées (en tout ou en partie) à des activités d’adaptation. De plus, les lignes directrices et les cadres de certification en évolution rapide qui entourent ces obligations omettent ou sous-estiment souvent l’adaptation, et les investisseurs peuvent se montrer méfiants devant les projets de résilience, qu’ils connaissent mal. Le gouvernement du Canada pourrait régler ce problème en ajoutant explicitement les projets d’adaptation à son propre projet d’émission d’obligations vertes pour 2021, et en faisant de la résilience climatique un critère d’évaluation pour la certification de tout projet financé par une obligation verte.
  • Estimation et divulgation des risques climatiques matériels : Les risques matériels des changements climatiques sont mal compris au Canada, ce qui les rend difficiles à intégrer aux évaluations des actifs et aux processus d’investissement, de prêt, d’assurance et autres. La création d’approches constantes et transparentes pour comprendre, estimer et divulguer les risques matériels, recommandée par le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (GIFCC) et le Groupe d’experts sur la finance durable du Canada, aiderait à établir un signal de prix clair. Ce dernier agirait à titre d’incitatif pour les entreprises, les propriétaires et les citoyens; en réduisant eux-mêmes leurs risques, ceux-ci contribueraient à protéger leur accès au capital et à l’assurance. De tels investissements privés dans la réduction des risques (ex. : éloigner les biens matériels des zones exposées aux feux incontrôlés et des plaines inondables) permettraient alors de réduire le besoin de financer de gros projets publics d’adaptation et de résilience. Les récents efforts internationaux pour créer des approches normalisées de divulgation des risques matériels vont dans la bonne direction, mais les défis demeurent nombreux.
  • Association de l’adaptation à la finance et aux assurances : Dans le climat de plus en plus dangereux que nous connaissons actuellement, les nouveaux types de produits d’assurance (ex. : obligations catastrophes servant d’assurance contre les pertes liées aux catastrophes climatiques et météorologiques) pourraient devenir de plus en plus importants. Les organismes publics comme les municipalités et les services publics pourraient même en avoir besoin pour maintenir leur cote de solvabilité et leur accès au capital ainsi que pour atténuer le risque d’insolvabilité en cas de catastrophe majeure. Les assureurs et les institutions financières examinent déjà des mécanismes pour ajuster les primes d’assurance en fonction des risques réduits qu’apportent les investissements dans la résilience et pour faire des économies qui permettraient de financer les projets de résilience des organisations assurées.

L’avenir de la finance durable en matière d’adaptation ne sera pas sans écueils : aucun des mécanismes susmentionnés n’est actuellement appliqué à grande échelle. Le secteur financier, les gouvernements et les autorités de réglementation devront intervenir de façon réfléchie, et les renseignements et analyses sur les risques climatiques et les avantages d’investir dans l’adaptation devront être considérablement étoffés pour que l’on puisse établir des signaux de prix exacts. Mais tous ces obstacles se surmontent.

Les gouvernements doivent augmenter massivement leurs investissements dans l’adaptation aux changements climatiques, mais ils ne pourront à eux seuls combler toutes les lacunes. Les secteurs public et privé devront s’allier pour créer de nouveaux mécanismes qui dirigeront les investissements privés vers des mesures d’adaptation et des entreprises moins risquées.

Glen Hodgson est stagiaire de troisième niveau au Conference Board du Canada. Ryan Ness est directeur, Adaptation à l’Institut canadien pour des choix climatiques.

Initialement publié par Hill Times.

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