La transition mondiale vers la sobriété en carbone nécessaire pour éviter les pires répercussions des changements climatiques a déjà commencé à s’opérer dans les économies et les industries partout dans le monde, et le mouvement prend de l’ampleur.

Ce phénomène place le Canada devant un choix déterminant pour les perspectives économiques de plusieurs générations : nagerons-nous à contre-courant, ferons-nous simplement du sur place, ou nous laisserons-nous porter par la vague en quête d’un avenir prospère et sobre en carbone?

Ce rapport analyse les implications de la transition mondiale pour l’économie canadienne, et les stratégies possibles pour gérer les risques, saisir les occasions, et favoriser une croissance propre, forte et inclusive.

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Transition et prospérité, une combinaison possible

Jusqu’à présent, les gouvernements canadiens en ont fait trop peu pour transformer l’économie et en assurer la vitalité pour les années et les décennies à venir. Malgré des débouchés fort intéressants, les gouvernements tendent à privilégier la réduction des risques liés à la concurrence à court terme plutôt que la création d’avantages compétitifs à long terme.

Comment le Canada peut-il s’épanouir? Notre analyse révèle que des actions gouvernementales ciblées, en mobilisant les investissements privés et en facilitant la transition de la main-d’œuvre, peuvent améliorer les chances de réussite du Canada. Les enjeux sont grands : une réaction trop lente comporte plus de risques pour la compétitivité qu’une transition trop rapide.

Trois grandes tendances transforment les marchés mondiaux

La transition mondiale vers la sobriété en carbone est stimulée par :

  • les politiques climatiques internationales : des pays représentant plus de 70 % du PIB mondial se sont engagés à atteindre la carboneutralité;
  • des technologies améliorées et moins chères : le coût des technologies éoliennes et solaires et des batteries de véhicules électriques a chuté de 60 à 90 % au cours de la dernière décennie;
  • une plus grande mobilisation des investisseurs : des investisseurs détenant plus de 40 % des actifs sous gestion dans le monde se sont engagés à soutenir les objectifs de carboneutralité.

Les enjeux liés à la transition sont importants au Canada, car plus de 70 % des exportations de biens et plus de 60 % des investissements directs étrangers concernent des secteurs vulnérables aux perturbations des marchés. 

Source : Affaires mondiales Canada (2020). Notes : Cette figure montre la valeur relative des exportations de biens du Canada en 2019, par produit. Près de 70 % des biens exportés – dont les produits énergétiques, les véhicules automobiles et les pièces, les minerais métalliques et les minéraux non métalliques, et les produits chimiques de base et industriels – sont dans des marchés mondiaux où l’on prévoit des perturbations.
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Quelles entreprises sont prêtes à la transition?

Les entreprises de certains secteurs (batteries et stockage d’énergie, équipement solaire et éolien, etc.) connaîtront des hausses de profit durant la transition. Au contraire, certaines entreprises, dont les producteurs de charbon et de pétrole, connaîtront une perte de profits. Les sociétés actives dans plusieurs secteurs pourraient voir leur situation s’améliorer ou se détériorer selon les mesures qu’elles prendront. Par exemple, celles des secteurs de l’acier, du ciment et de l’aluminium pourraient voir leur rentabilité augmenter dans un contexte de transition si elles diminuent considérablement leurs émissions.

Source : Institut canadien pour des choix climatiques (2021c), selon la modélisation et l’analyse commandées à Planetrics. Notes : Cette figure montre la différence de rentabilité entre le scénario de base et le scénario immédiat de 1,5 °C en 2050. Elle compare la performance des 10 % d’actions mondiales les moins performantes d’un secteur (point inférieur) à la performance des 10 % d’actions mondiales les plus performantes d’un secteur (point supérieur). Elle illustre le fait que les résultats moyens du secteur ne représentent pas nécessairement la performance des entreprises individuelles pendant la transition.
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Quels sont les facteurs déterminants derrière ces changements?

Trois principaux facteurs déterminants influencent la rentabilité :

  • La création de la demande (croissance de la demande mondiale d’un produit), qui fait augmenter la rentabilité.
  • Le prix du carbone (plus élevé en raison des politiques gouvernementales et des mesures aux frontières), qui diminue la rentabilité et qui peut être partiellement compensé par la réduction des émissions et le transfert des coûts aux consommateurs.
  • La baisse de la demande (baisse de la demande mondiale d’un produit), qui fait chuter la rentabilité.

La figure ci-dessous montre les principaux facteurs déterminants dans six secteurs :

Source : Institut canadien pour des choix climatiques (2021c), selon la modélisation et l’analyse commandées à Planetrics. Notes : Cette
figure décompose les principaux facteurs qui déterminent la rentabilité future des entreprises dans le cadre d’une transition sobre en
carbone. Elle montre la décomposition de la différence de rentabilité entre le scénario de référence et le scénario de 1,5 °C pour une
sélection de secteurs en 2050, sur la base de toutes les entreprises cotées en bourse opérant sur le marché canadien. Les résultats sont
similaires pour les entreprises canadiennes cotées en bourse opérant sur le marché international, bien que moins d’entreprises et de
secteurs soient pris en compte.
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Comment le Canada peut-il améliorer sa compétitivité dans un contexte de transition mondiale?

Les entreprises canadiennes actives sur les marchés où la demande augmentera dans un contexte de transition doivent croitre et se multiplier. Des centaines d’entreprises canadiennes sont prometteuses, mais beaucoup d’entre elles ont toujours de la difficulté à attirer les investissements nécessaires à leur expansion. Les entreprises canadiennes vulnérables à la transition doivent aussi faire les investissements nécessaires pour prospérer dans un contexte de transformation mondiale des marchés. Dans le secteur manufacturier par exemple, il faudra réduire l’intensité des émissions, et dans ceux du charbon et du pétrole, il faudra se tourner vers de nouvelles branches d’activité.

Source : Analyse de l’Institut canadien pour des choix climatiques (2021c), réalisée avec les données de PitchBook Data Inc. (2021). Notes : Cette figure montre le total des capitaux investis (en dollars américains) dans des entreprises canadiennes dans neufs secteurs prometteurs et le nombre de transactions commerciales réalisées (transactions d’investissements). Les valeurs comprennent l’investissement privé, le capital de risque, les fusions et acquisitions d’entreprises et stratégiques, les premiers appels publics à l’épargne (PAPÉ), les liquidités, ainsi que la dette. L’analyse porte sur les entreprises dont l’activité principale sont les technologies, produits et services pertinents dans chaque secteur. Une analyse plus détaillée de chaque opportunité est disponible à https://climatechoices.ca/reports/sink-or-swim. Les données sont tirées d’une recherche personnalisée et n’ont pas été révisées par les analystes de PitchBook.
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Explorer les secteurs prometteurs

comment la transition vers la sobriété en carbone affectera-t-elle la main-d’œuvre et les communautés?

L’ensemble des provinces et des territoires comptent des travailleurs dans des secteurs vulnérables à la transition. En améliorant le niveau de préparation du Canada, on les aide à conserver leur emploi ou à en trouver un autre rapidement. L’Alberta, les Territoires du Nord-Ouest, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador sont au sommet de la liste en termes de proportion de la main-d’œuvre dans des secteurs vulnérables. Toutefois, c’est l’Ontario qui compte le plus grand nombre de travailleurs dans des secteurs vulnérables en raison de son importante industrie de fabrication de matériel de transport.

Source : Analyse de l’Institut canadien pour des choix climatiques, basée sur les données de Statistique Canada (2016a). Notes : Cette figure montre la répartition en pourcentage de la main-d’œuvre directement employée dans des secteurs vulnérables à la transition, par province et territoire. La taille de chaque rectangle représente la part des travailleurs des secteurs vulnérables à la transition par rapport à la main-d’œuvre totale de chaque province et territoire. La taille des polygones à l’intérieur de chaque rectangle illustre la part des travailleurs dans les secteurs individuels. Les activités manufacturières à forte intensité d’émissions comprennent les codes SCIAN 324, 325, 326, 327 et 331.
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Au Canada, beaucoup de communautés ont un pourcentage élevé de travailleurs œuvrant dans des secteurs vulnérables à la transition. Cette figure montre les municipalités de plus de 10 000 habitants dont le pourcentage d’emplois dans ces secteurs est supérieur à 3 %. Certaines municipalités sortent du lot, comme Wood Buffalo où 29 % des emplois relèvent de secteurs vulnérables. Ces communautés risquent d’être touchées par les répercussions globales sur les secteurs de services et les recettes publiques.

Source : Analyse de l’Institut canadien pour des choix climatiques basée sur les données de Statistique Canada (2016d). Notes : Cette figure montre les régions métropolitaines de recensement (RMR) et les agglomérations de recensement (AR) qui comptent plus de 3 % d’emplois dans des secteurs vulnérables à la transition. Les communautés de chaque province et territoire sont représentées en fonction de la part totale de leur main-d’oeuvre oeuvrant dans un seul secteur vulnérable à la transition. Certaines communautés apparaissent deux fois, ce qui montre qu’elles ont une main-d’oeuvre concentrée dans plusieurs secteurs vulnérables à la transition. Par exemple, à Wood Buffalo, en Alberta, 25 % de la main-d’oeuvre travaille dans l’extraction pétrolière et gazière, et 4 % dans des activités connexes à l’extraction minière, pétrolière et gazière.
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Comment réussir la transition?

Les gouvernements doivent jouer un rôle central pour favoriser une économie prospère et des communautés fortes. Voici nos quatre recommandations prioritaires en matière d’actions gouvernementales :

  • Mieux tenir compte du contexte futur et des avantages de l’action climatique pour la compétitivité dans la prise de décisions.
  • Miser sur des programmes d’innovation et de développement économique adaptés au contexte économique futur qui appuient la croissance de marchés où la demande mondiale sera forte.
  • Élaborer des plans de transition locaux, à échelle humaine qui stimulent la création de nouveaux secteurs d’emploi, améliorent la résilience de la main-d’œuvre et encouragent le leadership économique autochtone.
  • Imposer la publication d’indicateurs climatiques utiles à la décision, inspirés d’approches internationales visant à combler les lacunes et à encourager les investissements privés.

C’est dans ces sphères que l’intervention du gouvernement est la plus importante pour surmonter les obstacles commerciaux et autres, et pour que le Canada tire son épingle du jeu dans un contexte de transition vers la sobriété en carbone. Consultez notre rapport pour en savoir plus.

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Profils de secteurs prometteurs dans le contexte de la transition

Les secteurs suivants sont très prometteurs pour le Canada – s’ils croissent assez rapidement pour prendre le virage vert.

Perspectives autochtones

Pour s’assurer que notre travail reflète les divers points de vue et problèmes auxquels sont confrontés les Peuples et Nations autochtones dans le cadre de la transition vers une économie sobre en carbone, l’Institut canadien pour des choix climatiques a commandé une série d’essais rédigés par d’éminents auteurs autochtones. Les perspectives et les idées contenues dans chaque essai ont directement alimenté l’analyse et les conclusions de Ça passe ou ça casse.

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