Changements climatiques : un rapport d’expert estime que les impacts sur la santé coûteront plusieurs dizaines de milliards de dollars au Canada

Devant la perspective d’une augmentation des répercussions climatiques, les gouvernements peuvent sauver des vies et réduire les coûts en investissant dès maintenant dans la santé et la sécurité de la population.

OTTAWA, le 2 juin 2021 – Alors que le Canada peine à se sortir de la pandémie de la COVID-19 et constate pleinement l’effet des politiques publiques sur la santé, l’Institut canadien pour des choix climatiquesprésente un rapport qui met en lumière les impacts des changements climatiques sur la santé des Canadiens et leur coût pour la société.

Rigoureusement élaboré par une équipe de 19 chercheurs canadiens, ce rapport formule un avertissement important : en l’absence de mesures gouvernementales ciblées, les changements climatiques creuseront les inégalités et feront grimper considérablement les coûts des soins de santé au pays. L’Institut souligne que les gouvernements pourraient sauver des vies tout en réduisant les coûts des systèmes de santé en investissant dès maintenant dans des mesures de résilience.

En effet, le rapport démontre qu’à eux seuls, la chaleur et le smog accrus par les changements climatiques pourraient causer des centaines de milliers de décès prématurés et nuire à la santé et à la productivité de milliers de personnes d’ici la fin du siècle. Sur le plan économique, le document laisse présager des coûts astronomiques : dépenses supplémentaires de plusieurs milliards de dollars pour les systèmes de santé canadiens et pertes de dizaines de milliards de dollars en baisse de productivité. Enfin, en ajoutant la valeur de la perte de qualité de vie et les décès prématurés associés aux changements climatiques, le coût économique total pour le Canada atteindrait les centaines de milliards de dollars.

Le rapport démontre ainsi que les politiques climatiques et les politiques sanitaires sont étroitement liées, et ce, à plusieurs égards. En conséquence, l’Institut propose quatre recommandations adressées aux décideurs canadiens pour répondre efficacement aux dangers climatiques qui menacent la santé :

  1. Mettre en place des politiques qui s’attaquent aux causes fondamentales de la vulnérabilité et de l’exposition aux dangers des changements climatiques sur la santé;
  2. Cibler, avec la nouvelle stratégie nationale d’adaptation du Canada, les leviers dont disposent chaque ministère et organisme gouvernementaux pour lutter contre les répercussions des changements climatiques sur la santé;
  3. Intégrer la résilience en santé aux approches climatiques afin d’éclairer les analyses coûts/bénéfices et les décisions stratégiques;
  4. Investir dans la recherche sur les effets émergents, inconnus et locaux des changements climatiques sur la santé.

Publié aujourd’hui même, le rapport est intitulé Les coûts des changements climatiques pour la santé : comment le Canada peut s’adapter, se préparer et sauver des vies.

QUELQUES FAITS SAILLANTS

  • Selon les projections, le nombre moyen de journées dangereusement chaudes (où la température excède un seuil sécuritaire) atteindrait 75 à 100 par année vers la fin du siècle. C’est l’équivalent de 10 à 14 semaines chaque été.
  • Au fur et à mesure que les températures augmentent, l’ozone troposphérique (un composant du smog) augmente aussi dans tous les scénarios. Les auteurs estiment que vers la fin du siècle, l’ozone troposphérique pourrait causer plus d’un quart de million d’hospitalisations ou de décès prématurés par décennie, pour un coût annuel d’environ 250 milliards de dollars.
  • Les changements climatiques ont déjà augmenté la fréquence et la gravité des feux incontrôlés dans tout le pays, entraînant pollution de l’air et dévastation économique généralisées dans les zones touchées; on s’attend à ce que les répercussions des feux incontrôlés sur la qualité de l’air et la santé humaine s’aggravent encore dans de nombreuses régions.
  • Selon le scénario d’émissions élevées, les changements climatiques pourraient faire perdre 128 millions d’heures de travail par année d’ici la fin du 21e siècle, en raison des effets de la chaleur sur la productivité; c’est l’équivalent de 62 000 emplois à temps plein, soit une perte de productivité de 14,8 milliards de dollars.
  • En plus des dommages estimés, le climat a des effets sur la santé encore difficiles à mesurer qui pourraient avoir un coût beaucoup plus important que ceux présentés dans le rapport. Les changements climatiques risquent fort d’affecter la santé mentale de la population, de transformer les écosystèmes et d’avoir des répercussions négatives sur les cultures et les modes de vie. Si nous ne tenons pas compte de ces pertes, absentes des bilans et des budgets gouvernementaux, nous risquons d’ignorer certains des effets les plus graves des changements climatiques sur la santé et le bien-être.

CITATIONS

« La santé, ça ne commence pas dans le cabinet du médecin ou à l’urgence. Ça commence à la maison, au travail et dans la collectivité, par une adaptation proactive aux effets des changements climatiques. En investissant dans l’amélioration des facteurs sociaux, économiques et environnementaux qui déterminent la santé, nous sauverons des vies et nous améliorerons la qualité de vie de nombreuses générations. »

—Ryan Ness, directeur, Adaptation, Institut canadien pour des choix climatiques

« Tout au long de la pandémie de COVID‑19, les Canadiens ont vu l’importance de mesures de santé publique robustes et proactives. Ils ont également constaté que les populations les plus défavorisées devaient assumer la plus grande part du fardeau lors d’une urgence de santé publique. Ce qui est vrai pour la COVID‑19 l’est aussi pour les changements climatiques. Il s’agit d’une urgence de santé publique, qui doit être traitée comme telle. Le rapport souligne l’importance et l’urgence d’investissements gouvernementaux dans des initiatives proactives visant à protéger la santé et le bien-être de la population. »

—Ian Culbert, directeur général, Association canadienne de santé publique

« Le consensus scientifique est clair, sans l’atténuation rapide des émissions de gaz à effet de serre, les effets sur la santé publique ne feront que s’intensifier dans les années à venir. Heureusement, bon nombre des politiques nécessaires pour lutter contre les changements climatiques pourraient également produire des bénéfices pour la santé, réduire les coûts des soins de santé et améliorer la cohésion sociale et l’équité dans nos communautés. Ce rapport souligne que les changements climatiques nuisent aux populations les plus défavorisées de manière disproportionnée. Les décideurs politiques doivent envisager des options qui ont un triple objectif: réduire l’impact des changements climatiques, améliorer les résultats et réduire les inégalités en matière de santé. »

—Eric J. Mang, co-président, Coalition canadienne pour la santé publique au 21e siècle

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