Neuf façons de renforcer la stratégie climatique du fédéral

Pour accélérer la relance économique du pays et améliorer notre résilience aux grands bouleversements à venir, il est essentiel de lutter contre les changements climatiques.

Les conjectures sur la date de la prochaine élection fédérale semblent être le passe-temps favori du Canada cet été. Toutefois, quoi qu’il arrive à l’automne, le gouvernement fédéral doit prendre des mesures concrètes pour accroître la résilience aux catastrophes et aux dommages liés au climat, réduire les émissions de gaz à effet de serre et demeurer compétitif dans la transition mondiale vers les énergies et les technologies propres.

La nouvelle Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, qui a reçu la sanction royale en juin, jette des fondations solides. Visant à garder au premier plan les progrès du Canada dans la lutte contre les changements climatiques, elle enchâsse entre autres dans la loi les objectifs nationaux pour 2030 et 2050, exige que le gouvernement fédéral établisse des cibles quinquennales intermédiaires à l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050 et prévoit la publication de comptes rendus réguliers.

Cependant, bien que cette loi vienne solidifier les objectifs du Canada, le gouvernement devra pour les atteindre déployer des efforts substantiels et soutenus et collaborer étroitement avec les provinces, les territoires, les communautés autochtones et les municipalités du pays.

Mais la lutte contre les changements climatiques ne s’arrête pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre; après les canicules sans précédent, les feux incontrôlés ravageurs et les sécheresses dévastatrices observées cet été au Canada et ailleurs, les citoyens s’inquiètent de plus en plus des effets du climat sur leur quotidien, leurs emplois et leurs collectivités, tournant les yeux vers les gouvernements pour une solution. En parallèle, la transition vers une économie mondiale sobre en carbone s’accélère, apportant son lot de risques liés à la concurrence – et de possibilités – pour la prospérité économique du Canada.

Ainsi, suivant nos recherches et nos analyses récentes sur quatre plans prioritaires, nous avons isolé neuf façons significatives pour le gouvernement fédéral de renforcer sa stratégie climatique.

Amélioration de la résilience du Canada

  1. Prendre en compte les questions d’adaptation et de résilience au climat dans les décisions et les analyses coût/bénéfice des gouvernements. Dans les processus décisionnels actuels, ces questions sont souvent traitées de façon ponctuelle; or, il serait avantageux sur le plan stratégique d’intégrer directement la résilience climatique aux politiques et aux programmes. Les ministères qui ne sont pas traditionnellement associés à l’adaptation aux changements climatiques (Infrastructure, Finances, Santé, Développement social) doivent saisir davantage d’occasions d’accroître la résilience.
  2. Améliorer la production et la diffusion des renseignements sur les risques des changements climatiques pour orienter les décisions privées et publiques. Actuellement, la plupart des données du gouvernement fédéral sur les risques des changements climatiques, comme les cartes des zones inondables et les projections climatiques, sont incomplètes ou présentées sous une forme peu utile aux particuliers et aux organisations. Par conséquent, les décideurs avancent à tâtons, sans comprendre les menaces actuelles et futures ni pouvoir s’y préparer.

Réduction des émissions de carbone

  1. Doubler la mise sur les valeurs sûres pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Notre rapport Vers un Canada carboneutre présente plusieurs solutions dites « valeurs sûres » auxquelles le gouvernement devrait déjà travailler, notamment l’amélioration de l’efficacité énergétique, la production d’électricité propre et le remplacement des combustibles fossiles par cette électricité dans la vie de tous les jours (par exemple, passer des voitures à essence aux voitures électriques). Ces solutions joueront un rôle crucial dans toutes les trajectoires vers la carboneutralité au Canada, surtout durant la prochaine décennie.
  2. Instaurer un quota de vente national sur les véhicules à émission zéro (VEZ) pour faciliter l’élimination progressive des ventes de véhicules à moteur à combustion interne prévue d’ici 2035. Le coût des subventions actuelles est trop élevé; une bonne partie de la population achèterait quand même un VEZ sans l’aide du gouvernement, surtout à mesure que les prix diminuent. En comparaison avec un quota de vente, les subventions ne constituent pas une option fiscalement viable pour encourager l’achat de VEZ à grande échelle.
  3. Resserrer le modèle de tarification du carbone fédéral comme prévu et surtout harmoniser les programmes pour les gros émetteurs entre les provinces et territoires et les rendre dans l’ensemble plus stricts.

Incitation à la croissance propre

  1. Offrir une aide ciblée aux entreprises et aux secteurs susceptibles de prospérer dans la transition vers une économie carboneutre pour les rendre plus compétitifs. Le budget de 2021 prévoyait plusieurs initiatives pour encourager la concurrence dans la transition vers la carboneutralité, dont l’investissement de cinq milliards de dollars dans l’accélérateur net zéro. La mise en œuvre efficace et précisément ciblée de ces initiatives sera essentielle à la canalisation et à la mobilisation des ressources du secteur privé dont les exportateurs canadiens de produits industriels, d’énergie propre et de technologies propres auront besoin pour ressortir vainqueurs de la transition vers une économie mondiale sobre en carbone.
  2. Mettre en œuvre des stratégies régionales pour aider les collectivités à suivre la transition des marchés mondiaux. Publié en juillet par le gouvernement du Canada, le document de travail Transition équitable axée sur l’humain sollicite les idées de la population pour assurer la prospérité des travailleurs et des collectivités pendant la transformation économique à venir. L’atteinte de cet objectif requerra des politiques et des investissements adaptés à chaque région ainsi que des ajustements aux programmes d’enseignement et de formation pour créer une main-d’œuvre résiliente et tournée vers l’avenir. Il est tout aussi important, sinon plus, de permettre à la population et aux collectivités de saisir les nouvelles occasions que de gérer les risques.

Mobilisation des investissements dans les solutions climatiques

  1. Exiger que les entités publiques et privées divulguent les données sur les risques liés au climat. Les acteurs des secteurs public et privé du Canada – notamment les autorités de réglementation financières, les ministères et les organismes fédéraux et les sociétés d’État – n’effectuent pas le travail d’évaluation et de préparation nécessaire pour protéger leurs actifs et leurs investissements des répercussions potentielles des changements climatiques, entraînant une accumulation de risques physiques et transitionnels qui menace leur stabilité financière, mais aussi celle du système tout entier.
  2. Se positionner au premier plan de l’évolution des règles et des définitions entourant la divulgation de l’information relative au climat sur la scène internationale et veiller à ce que les entreprises du pays soient en tête et non en queue de file. Les investisseurs ont besoin d’indicateurs quantitatifs clairs et stables pour comparer les possibilités et les risques climatiques relatifs aux entreprises et à leurs produits. Le nouveau Conseil d’action en matière de finance durable pourrait être mis en charge de ce point.

Il va sans dire que la relance économique postpandémique occupera une place prépondérante dans la prochaine élection (lorsqu’elle aura lieu), et quoi qu’on en dise, les politiques climatiques ne peuvent pas être dissociées de cette relance.

La multiplication et l’élargissement des politiques climatiques aux États-Unis, dans l’Union européenne, en Chine et ailleurs font augmenter la demande d’énergie renouvelable, de véhicules électriques et d’autres produits et services sobres en carbone. On observe aussi un nouvel intérêt fulgurant des investisseurs pour les options vertes respectueuses du climat, et bon nombre d’entreprises canadiennes se tournent précocement vers ces nouveaux marchés. Par ailleurs, les investissements du gouvernement fédéral dans la construction d’automobiles et d’autobus électriques, l’acier doux et les biocarburants fabriqués à partir de matières résiduelles témoignent d’une ouverture croissante à appuyer les projets qui permettront au Canada de réussir, mais notre économie est encore loin d’être prête à la transition.

Pour accélérer la relance économique du pays et améliorer notre résilience aux grands bouleversements à venir, il est essentiel que l’administration fédérale établisse une stratégie pangouvernementale robuste de lutte contre les changements climatiques. La mise en œuvre des neuf mesures présentées ci-dessus contribuerait grandement à cet objectif – au bénéfice de tous les Canadiens.

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