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La préparation, une stratégie payante

La future relance économique est l’occasion ou jamais de se préparer aux risques climatiques majeurs à venir.

« Favoriser une relance verte et résiliente » : voilà le consensus qui émerge de nombreux secteurs – y compris le nôtre. Mais il manque à ces propositions et à ces plans ambitieux de relance verte un élément crucial : ils ne tiennent souvent pas compte de la préparation et de l’adaptation nécessaires pour contrer les risques massifs des changements climatiques. Faut-il en conclure que nous n’avons pas retenu l’une des plus grandes leçons de la COVID-19, à savoir qu’un manque de préparation face à un risque majeur mène au désastre? Les plans de relance économique doivent renforcer la résilience de notre économie et de notre société face aux changements climatiques. Cette stratégie rapportera gros.

Qui dit élimination du risque dit retombées économiques

Même si les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre consentis à l’échelle nationale et mondiale limiteront les dégâts futurs, il reste que le Canada est déjà confronté à des changements météorologiques et climatiques graves et durables en raison des émissions actuelles et passées. Des études ont déjà mis en lumière les principaux risques climatiques qui pèsent sur le Canada :

Ces risques constituent une menace grave et persistante pour chaque secteur économique, pour la prospérité nationale et pour le bien-être de la population. L’Institut publiera prochainement une analyse approfondie des dégâts et des coûts provoqués par les changements climatiques au Canada.

La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de réduire la vulnérabilité du Canada face aux risques climatiques grâce à des mesures d’adaptation proactives. Des études montrent clairement que l’adaptation peut avoir un taux de rendement très élevé en évitant les dégâts. En d’autres termes, la préparation rapporte.

Relance et résilience climatique

Jusqu’à présent, les discussions sur la « résilience climatique » portaient principalement sur la construction des infrastructures nécessaires à la transition vers un modèle à faible empreinte carbone. Certes, les appels à investir dans les énergies renouvelables, l’électrification des transports et de la production, la rénovation énergétique, les parcs de véhicules électriques et le transport collectif à faibles émissions sont essentiels si le Canada veut tirer profit des perspectives économiques dans un monde décarboné et contribuer à la réduction des émissions à l’échelle mondiale. Néanmoins, en nous concentrant uniquement sur cette transition, nous ne contribuerons que peu à renforcer la résilience climatique par la relance et ne saisirons pas les occasions de réduction des risques climatiques qui s’offrent à nous.

Une multitude d’investissements possibles en faveur de la résilience climatique

Le renforcement de la résilience peut – et doit – être un facteur clé dans la détermination des projets susceptibles (et dignes) d’être mis en œuvre. Il ne s’agit pas forcément de revoir à la baisse nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En faisant preuve d’un peu de créativité, nous pouvons, par nos investissements publics, réduire à la fois les risques climatiques et les émissions. Voici quelques exemples :

Les programmes de rénovation énergétique devraient mettre l’accent sur les vieux logements sociaux et locatifs énergivores où la rénovation des systèmes d’isolation, de ventilation, de chauffage et de climatisation peut protéger les populations vulnérables des effets des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et extrêmes tout en réduisant les coûts énergétiques. Au besoin, les programmes ciblant les maisons individuelles devraient également encourager les propriétaires à réaliser des rénovations qui réduisent leur vulnérabilité aux risques croissants d’inondation et de feux de forêt.

La construction de nouvelles infrastructures de transport d’électricité plus résilientes aux conditions météorologiques extrêmes peut favoriser l’électrification tout en réduisant la vulnérabilité aux changements climatiques. Ce n’est un secret pour personne : nos infrastructures électriques actuelles risquent de se briser et d’engendrer des coupures de courant en cas de tempêtes, de vents violents et de fortes chaleurs – des phénomènes qui seront probablement de plus en plus fréquents dans le futur.

La plupart des infrastructures d’ingénierie qui protègent les collectivités canadiennes des phénomènes météorologiques extrêmes (ouvrages longitudinaux, barrages, digues, collecteurs d’eaux pluviales, etc.) doivent être réparées et rénovées en prévision des changements climatiques. La mise en place de solutions résilientes naturelles, comme la plantation d’arbres et le rétablissement des milieux humides, peut réduire notre dépendance à ces infrastructures « grises » à fortes émissions tout en offrant de nombreux autres avantages sociaux et écologiques.

La construction de logements abordables peut réduire la vulnérabilité des populations mal logées et à faible revenu aux vagues de forte chaleur (et aux pandémies). On peut aussi concevoir ces logements de manière à respecter des normes d’efficacité énergétique rigoureuses et intégrer des technologies à faible empreinte carbone pour favoriser leur mise en œuvre à grande échelle.

Les futures infrastructures traditionnelles – vers lesquelles la plupart des investissements de relance peuvent être dirigés – (routes, ponts, ponceaux, aéroports, égouts, conduites d’eau principales, etc.) devront également être conçues, construites et positionnées de sorte à résister aux rudes conditions climatiques futures. En même temps, on peut y prioriser les matériaux et le béton à faible empreinte carbone pour ainsi soutenir les innovations de décarbonation dans le secteur canadien de la construction.

Pour une relance résiliente, la décarbonation ne suffit pas

Pour favoriser une relance résiliente, il faudra investir dans la décarbonation et dans la résilience climatique. Que ce soit pour électrifier nos systèmes énergétiques, nous protéger contre les inondations ou soutenir les autres fonctions vitales de notre économie et de notre société, les infrastructures conçues selon nos anciennes normes ne résisteront pas aux conditions météorologiques plus chaudes et plus rudes à venir. De la même manière que les gouvernements devront investir rapidement pour éviter de dépenser des milliards de dollars en entretien à long terme et en remplacement prématuré, les nouvelles infrastructures – qui seront mises en place pour plusieurs décennies – devront être conçues, construites et positionnées de sorte à supporter les conditions climatiques futures au Canada. Nous devons aussi nous assurer que cette résilience ne se fait pas aux dépens des émissions.

La future relance économique est une occasion en or de contrer les risques climatiques les plus graves tout en palliant les vulnérabilités engendrées par la COVID-19. Ensemble, faisons preuve d’ouverture et réfléchissons à l’éventail des risques climatiques qui pèsent sur notre pays. Nous pourrons ensuite élaborer une stratégie de relance qui soit à la fois résiliente sur le plan climatique et à faible empreinte carbone.